Jeudi 13 mars 2008

Mark-lanegan2.jpg

Il fait un temps de chiottes. L’air est humide, le soleil a plus l’air d’une grosse éponge gorgée de pisse qui menace d’exploser au-dessus de nos têtes que d’un astre divin, et une armée de nuages noirs s’amoncelle à l’horizon. Quelle merde. Je suis assis à la terrasse d’un bar crade, une chope de bière bon marché et une clope à demi consumée se disputent la faveur de mes lèvres et moi j’ai depuis longtemps fini de me demander de quoi j’allais bien pouvoir parler dans le prochain billet de mon blog : sur la bande-son des moments comme ceux-là flotte forcément la voix de Mark Lanegan…
 
Un désert aride, une autoroute de gravier, un million de cigarettes et autant de bouteilles de whisky, voilà tout ce que peut évoquer cette voix, aussi profonde que les abîmes de la dépression et aussi envoûtante que la contemplation d’un cadavre en décomposition.

Lanegan est un héros du rock à l’ancienne, comme on n’en fait plus : personnage sombre et taciturne, il se dégage de lui un charisme presque palpable. La lumière semble le fuir et pourtant il est impossible de détourner son regard de cette silhouette mystérieuse au charme noir.

De 89 à 96, Mark Lanegan a été le leader aux cheveux longs du groupe « The Screaming Trees », cinquième roue du carrosse Grunge de Seattle, mais, dans cet article… on s’en fout complètement (principalement parce que je connais très mal le sujet d’ailleurs). A la place,  on va plutôt s’intéresser à la carrière solo de Lanegan, une carrière où, seul maître à bord, il pu faire autre chose que du grunge.

Car le grunge n’est pas franchement le premier amour de Lanegan. Ses racines musicales sont ailleurs, elles viennent du blues, du folk, de la soul music. Alors, sur ses albums solos, il arrête de trop pousser sa voix et troque les grosses guitares pour des instrumentations moins imposantes, ce qui lui permet de beaucoup plus laisser parler ses sentiments.

Ses références, il nous les offre sous forme de reprises dans I’ll Take Care Of you (1999), un album ultra classieux où le maître nous présente ses maîtres, à commencer par Jeffrey Lee Pierce, leader charismatique du fabuleux Gun Club, décédé d’une hémorragie cérébrale en 1996, à propos duquel il déclare dans une interview « [Il] est mon dieu, ma plus grande influence. Je suis sur que je n’aurais jamais fait de musique sans son exemple. La première fois que j’ai entendu le Gun Club, c’est une des premières choses qui ait vraiment eu un sens pour moi » ; le disque de Lanegan s’ouvre sur une reprise de ce groupe, « Carry Home », où, en acoustique, il semble littéralement habité par l’âme du défunt tant son interprétation est forte… Là où la version originale était un brûlot  électrique à l’instrumentation finalement peu appropriée, elle devient sous la tutelle de notre sombre héros une merveille de romantisme entre cendres et poussière. Que dire alors de « Creeping Coastline Of Lights », où il transforme du punk en ballade céleste ; de « Consider Me », où il se dévoile en crooner soul ; de son « On Jesus Program », sur laquelle plane l’ombre inquiétante d’un fantôme aux intentions mal définies, ou encore de « Boogie Boogie », où il reprend Tim Rose, à n’en pas douter son père vocal, pour transformer une invitation à la fête en ballade sinistre digne d’une traversée de cimetière ? Entre ombre et lumière, entre amour et mort, Lanegan joue au funambule sur la corde raide des émotions, pour un résultat qui donne juste envie de fermer sa gueule... ce que je fais, sans plus tarder.


  ill-take-care-of-you-front.jpg

 

Tracklist :
1 – Carry Home (Gun Club)
2 – I’ll Take Care Of You (Brook Benton)
3 – Shiloh Town (Tim Hardin)
4 – Creeping Coastline Of Lights (The Leaving Trains)
5 – Badi-Da (Fred Neil)
6 – Consider Me (Eddie Floyd)
7 – On Jesus Program (O.V. Wright)

8 – Little Sadie (aussi connu sous le nom de ”Cocaine Blues”, un classique)
9 – Together Again (Buck Owens)
10 – Shanty Man’s Life (Steven Harrison Paulus)
11 – Boogie Boogie (Tim Rose)

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Vendredi 7 mars 2008

undefined Ah Chris, sacré Chris…

Avant tu avais cette tête-là, maintenant tu as celle-ci (à gauche).
Bien joué.

 

Pendant les années 90, il y a eu ce qu’on a appelé la « déferlante Nirvana » : le groupe de Kurt Cobain était comme un énorme ouragan qui raflait tout sur son passage, en jouant un genre qui jusque là était inconnu du grand public (inexistant ?) : le grunge. Et tous les gens qui ont découvert et aimé ce genre de musique se sont mis à chercher d’autres groupes qui le pratiquaient, et là ils t’ont trouvé (avec Soundgarden).
Bien joué.

Vers les années 2000, le monde du metal a connu un de ses plus grands drames lorsque Rage Against The Machine s’est séparé. Ne voulant pas arrêter de jouer pour autant (ou « réalisant qu’il restait peut-être des sous au fond des poches des fans »), les musiciens se sont très vite mis à chercher un nouveau chanteur, et c’est toi qu’ils ont trouvé.
Bien joué.

En 2006, James Bond est revenu sur les grands écrans avec une nouvelle (grande) gueule, et forcément les producteurs lui ont aussi cherché un nouveau générique, qui ne ressemblerait à aucun de ceux qu’on avait entendu auparavant, et ils t’ont trouvé.
Bien joué.

 
Alors, qui es-tu Chris ? Un opportuniste, ou juste un petit chanceux ? De la même manière qu’il y a quelque chose de prétentieux qui se dégage de toutes tes séances photos (genre « j’ai une belle gueule et je le sais »), il y a aussi quelque chose de prétentieux qui se dégage de ta musique : t’as une putain de voix, belle, grave, puissante et juste assez éraillée pour faire craquer les filles, et ça, tu le sais.

Et tu en uses et tu en abuses, à tel point que chacune de tes performances devient un exercice de démonstration de tes capacités vocales, le phénomène atteignant son paroxysme sur ton Unplugged In Sweden, où les cordes de ta guitare sont seules pour accompagner tes cordes vocales.

Là, seul, entièrement seul face à un public conquis d’avance, tu t’éclates avec ta voix, une fois de plus. Et du coup, à force de faire ton show tout le temps, tu perds complètement ce qui est censé faire l’intérêt de l’exercice acoustique : la sincérité.

Unplugged In Sweden reste un très bon album, mais qui touche plus nos oreilles que notre cœur.
Vraiment dommage.

front.jpg

Tracklist :
1 - Doesn't Remind Me (Audioslave)
2 - Like A Stone (Audioslave)
3 - Wide Awake (Audioslave)
4 - Fell On Black Days (Soundgarden)
5 - Be Yourself  (Audislave)
6 - Billie Jean (Michael Jackson)
7 - Original Fire (Audioslave)
8 - Redemption Song (Bob Marley)
9 - Peace, Love And Understanding (Elvis Costello)
10 - All Night Thing (Temple Of The Dog)
11 - Black Hole Sun (Soundgarden)
12 - Call Me A Dog (Temple Of The Dog)
13 - Thank You (Led Zeppelin)

 

Par $adistickiller - Publié dans : Albums
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Jeudi 6 mars 2008

Pete.jpg Pete Doherty, l’alcool, la drogue, les arrestations, les cures, la presse people…

L’ex-leader des Libertines et actuel leader des Babyshambles fait (hélas) plus souvent parler de lui que de sa musique, ce qui n’est pas forcément une bon point lorsqu’on est artiste… surtout pour avoir "cette" image là !

Pour certains, c’est juste un jeune con pseudo-rebelle en perpétuelle crise d’adolescence, ses fans préfèreront voir en lui un poète torturé à la plume sublime qui paye trop cher la valeur de son esprit surcréatif (ou une connerie de ce genre-là), pour ma part lil’Pete n’est qu’un gosse un peu paumé qui a connu trop tôt un succès trop grand ; le star system se plaît à bouffer les cœurs tendres avant qu’ils aient atteint la maturité, et une fois qu’on est entré dans le cercle, tout est foutu, pas d’échappatoire…

Console-toi, Pete, tu aurais aussi pu être Britney Spears.

 

Quoiqu’il en soit, de temps à autres, quand il n’est ni bourré ni défoncé, il arrive à Peter Pan de s’enfermer dans sa chambre avec sa guitare et d’enregistrer, dans l’intimité, quelques chansons, ce qui lui donne l’occasion, pour une fois, de se présenter lui-même, de faire son propre portrait (alors que d’habitude c’est la presse à ragots qui s’en charge) ; il nous ouvre alors son cœur (putain qu’est-ce que c’est cliché comme phrase…) et on découvre que derrière ce masque d’enfant terrible du rock se cache simplement un petit être fragile, qui chante parfois faux, qui joue parfois (toujours ?) faux, mais qui, en tout cas, possède une vraie sensibilité, une réelle fragilité : Pete Doherty est un être touchant, tout simplement… Demandez à ses groupies, elles vous le diront mieux que moi…

En attendant je ne peut que vous conseiller d'aller jeter une (deux même, tant qu'à faire) oreille à The Freewheelin’ (en référence à Bob Dylan), une petite session intimiste sans prétention, qui oscille entre gravité latente et insouciance adolescente… Et si, seul avec sa guitare, Pete n’avait pas tout simplement enregistré là ses meilleurs morceaux ?

freewheelin.gif

 
Tracklist :
1 - Albion (Babyshambles)
2 - Can't Stand Me Now (The Libertines)
3 - Killamangiro (Babyshambles)
4 - Back From The Dead (Babyshambles)
5 - Don't Look Back into The Sun (The Libertines)
6 - The Ha Ha Wall (The Libertines)
7 - Back Boy Lane (Babyshambles)
8 - Hooray For The 21st Century (The Libertines)
9 - Conversation Diva (Babyshambles)
10 - Pipey McGraw (Babyshambles)
11 - East Of Eden (Babyshambles)
12 - The Whole World Is Our Playground (Babyshambles)
13 - My Darling Clementine (classique du folklore américain)
14 - The Ballad Of Grimaldi (The Libertines)
15 - There She Goes (A Little Heartache) (Pete tout seul)

 
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